Association DAO

Extraits de relax deep mind de P.Kelly


Qu’est ce que le taiji ?


Le Taiji est une forme intériorisée d'art martial chinois qui met l'accent sur les principes de relaxation et de l'art de céder; son application concerne à la fois le côté martial et les aspects de la vie quotidienne. L'entraînement au Taiji développe puissance intérieure et harmonie, en se servant de la coordination et de la relaxation du Mental et du corps. Vu de l'extérieur, le Taiji est un art de mouvement pour la santé et pour se défendre. Intérieurement, le Taiji cor­respond au Raja Yoga, science du Mental et de l'énergie interne.


On raconte que le Taiji a été crée il y a plus de 700 ans par le sage Daoïst Chang San Feng comme une méthode pratique permettant d'atteindre l'immortalité ou un état de clarté, en cultivant son souffle intérieure (Qi). Formulés il y a 2500 ans dans le Dao De Jing, ouvrage de Lao Tzu, fondateur du Daoïsm, les principes du Taiji ont été exprimés dans le livre du I Jing, plus d'un millier d'années auparavant. Constituant un ensemble, des traités concis sont désignés comme «Les Classiques du Taiji». Dans ceux-ci est consignée une description complète des idées contenues dans la méthode de Taiji. Le Daoïsm stipule la philosophie tandis que le Taiji fournit une méthode de mise en application des principes.


Le Taiji s'est développé en un ensemble de mouvements doux, lents, sensibles, combinés à la concentration du Mental et à la respiration. Au début, s'exercer au Taiji consiste à apprendre à détendre le corps et calmer le Mental. Tous les mouvements sont circulaires - atteignant un extrême, ils reviennent alors, sans discontinuité. Pour procéder, on se sert de l'intention et non de la force mus­culaire. La conscience produit l'intention qui met en mouvement le Qi. Quand le Qi se déplace, les articulations se déploient comme des tubes de caoutchouc qui se gonflent. De cette façon le Qi met en mouvement le corps.

Les organes du corps reçoivent un massage en douceur, la circulation, les liga­ments, tendons, nerfs et os sont renforcés. Le Qi s'accumule et circule librement dans le corps. Avec le temps on peut atteindre un état de raffinement profond d'où l'Esprit émerge, se manifestant par une force semblable à celle d'un ressort en acier et par un Mental profondément en paix.


En application, le Taiji se pratique avec un partenaire. Le but est ici de se déten­dre complètement et de céder aux forces produites par le partenaire. Le corps tout entier est si léger qu'une mouche ne pourrait s'y poser sans y provoquer un mouvement. Ceci n'est pas de la faiblesse. Les pieds sont enracinés au sol et le centre doit conserver sa stabilité. En se servant du sens du toucher, il faut céder aux plus petites pressions de l'adversaire et suivre ses moindres actions de replis, réagissant avec rapidité aux actions rapides et avec lenteur aux ac­tions lentes.


A tout moment, vide et plénitude - ou Yin et Yang - doivent être différenciés. En avançant, le partenaire a l'impression que la distance qui le sépare de vous est extrêmement longue; lorsqu'il se replie, elle semble dangereusement courte. Alors, au moment propice l'énergie est lâchée, propulsant le partenaire à dis­tance. C'est l'application du Taiji en tant qu'art de défense.


Les gens peuvent s'adonner au Taiji quel que soit leur âge ou leur état de santé. D'un état ordinaire, l'exercice conduit à un niveau de connaissance de soi ­même, de calme intérieur et de puissance intériorisée. Développer la sérénité intérieure s'avère plus particulièrement efficace pour confronter les problèmes émotionnels. Une calme concentration soulage les problèmes mentaux tandis que la pratique de la relaxation et de la circulation énergétique neutralise les problèmes physiques.


La réussite dans la pratique requiert une véritable orientation de chercheur, nécessite de la patience et de la persévérance, une ouverture d'esprit permettant de suivre les préceptes de l'enseignement, et la volonté constante de s'interroger et de préciser ses motivations, en accord avec sa propre conscience. Une fois commencé, le Taiji doit être envisagé comme un exercice pour toute la durée de la vie.



Histoire du taiji


Le caractère Tai peut se traduire par «grand, immense, suprême». Le caractère Ji (chi) signifie «ultime, infini ou extrême». Ensemble ces deux caractères formu­lent un concept que l'on retrouve dans la philosophie, bien avant l'avènement du taiji en tant qu'art à vocation martiale. Il y a des milliers d'années, peut être avant même que le concept du Dao (Tao) ait été formulé, l'idée de Taiji ou Suprême Ultime, avait été développée. Elle évoquait l'origine de toutes choses - ce à partir de quoi tout s'est développé. C'est probablement vers le XIXème siècle seulement que Taiji est devenu le nom de cet art. On associe souvent à Taiji le caractère Quan (Chuan). La signification littérale de Quan est «poing», Taijiquan ou - Tai Chi Chuan - désigne alors l'art de combat.

Vers le milieu du XIXème et jusqu'au début du XXème siècle, le Taiji s'est répandu rapidement en Chine. Pendant cette période, plusieurs professeurs célèbres ont développé et affiné les exercices.

Des traditions distinctes se sont développées, prenant pour nom celui des véritables précurseurs que furent ces professeurs. Le style Yang s'est développé à partir du style Chen. Les styles Wu et Sun sont issus du style Yang. Cheng Changxing (1771-1853), Yang Luchan (1799-1872), Wu Jianquan (1870-1942) et Yang Chengfu (1883-1936) furent des guides exceptionnels dans leurs branches respectives.



Le taiji aujourd’hui



Alors qu'il avait prospéré en Chine pendant le premier tiers du XXème siècle, le Taiji s'étiola durant les décennies suivantes, à cause de la guerre civile, puis il endura ensuite une pénible suppression pendant la Révolution Culturelle, les meilleurs des vieux maîtres étant alors tués ou emprisonnés. La transmission séculaire, de génération à génération, fut brisée. Heureusement, bon nombre de pratiquants compétents subsistèrent à Taiwan et à Hong Kong, parmi lesquels plusieurs bons élèves de Yang Chengfu ainsi que deux des fils de Wu Jianquan. A partir de ces sources le Taiji s'est répandu de par le monde.


Se rendant compte de la perte d'une tradition propre à la Chine, le gouvernement chinois a dès lors tenté de ressusciter sa propre branche de l'art, mais la plupart des vieux maîtres survivants choisirent de ne pas coopérer. Le gouvernement chinois a commencé par créer une forme mixte, appelée le style de Beijing, mais le manque d'instructeurs expérimentés rendit formel et superficiel cet enseignement cautionné par le gouvernement. Tandis que les styles Yang et Wu se développaient largement à l'extérieur de la Chine, le gouvernement a alors tenté de faire revivre le style Chen, puis créa par la suite quelques nouvelles «formes de compétition», mais en définitive ces aboutissements ont toujours failli aux qualités que détenaient les vieux maîtres.


Wu Jianquan se rendit à Hong Kong où deux de ses fils restèrent pour ensei­gner. Le style Wu s'y implanta largement et continua de s'épanouir là bas. Le gendre de Jianquan, Ma Yuehliang (1901-1998), resté en Chine, restait l'expert le plus représentatif du style Wu. Il maintint à Shanghai l'école créée par Wu Jianquan jusqu'à ce que celle-ci fût fermée par le gouvernement, à l'époque de la Révolution Culturelle. Dans l'art du Taiji, l'intérêt et l'enseignement de Ma Yueh-Liang, allaient bien au-delà du domaine physique.


Yang Chengfu est mort jeune, à l'âge de 53 ans, laissant aux proches étudiants qui lui succédèrent, le soin de raffiner son art. Chen Weiming fut peut-être le meilleur de ceux qui restèrent en Chine. Parmi les plus remarquables des élèves de Yang Chengfu qui étaient partis de Chine, se trouvaient Zheng Manqian (Cheng Man Ching) qui professait à Taiwan, Yang Shouchung à Hongkong tandis que Dong Yingjie enseignait à Hongkong et en Asie du Sud-Est.


Zheng Manqian (1898-1975) apporta énormément au Taiji en le transmettant au monde occidental, au début des années 60, se rendant aux Etats-Unis où il attira un grand nombre de disciples. Zheng, tout en restant un combattant accompli, était un lettré; il réactualisa l'aspect philosophique profond du Taiji. Ce fut aussi lui qui raccourcit la Longue Forme Yang, pour en rendre les no­tions et les principes plus accessibles aux gens des sociétés modernes. Alors que bon nombre de ses meilleurs élèves restaient à Taiwan, Huang Xiangxian (Huang Sheng Shuan) alla enseigner en Asie du Sud-Est, tandis que Dr Chi, T.T. Liang, William Chen et La Panjang allèrent enseigner en Europe et en Amérique du Nord.


Huang Xiangxian (1910-1992) était l'un des plus talentueux parmi les disciples de Zheng. Instruit dès le plus jeune âge aux arts Daoïstes, à la médecine, aux arts martiaux et aux disciplines spirituelles, il fut, à Fujian, disciple de Xie Zhongxian (1852-1930), célèbre sage daoïste et maître de la Grue Blanche. A l'âge d'environ 30 ans, Huang s'en alla vivre à Taiwan où il passa les dix années suivantes à s'entraîner sous les directives quotidiennes de Zheng. Insatiable chercheur en quête de vérité, il émigra vers la fin de années cinquante et s'installa en Malaisie; il passa les 30 à 40 années suivantes à enseigner à des dizaines de milliers d'étudiants et à mettre en place un réseau d'écoles, en Asie du Sud-Est, Nouvelle Zélande et en Australie. Ce fut pendant cette période là qu'il raffina le Taiji de Zheng, le portant à de nouveaux sommets. Tout comme Zheng Manquian, Huang était généreux en enseignant des aspects plus profonds du Taiji. Il avait compris que, quoique le Taiji eût été originaire de Chine, sa source première et son véritable domaine transcendaient les limites des frontières.


De nos jours, le Taiji est tout à fait implanté de par le monde. Une diversité d'enseignants et d'écoles permet à ceux qui l'étudient de trouver des méthodes convenant à leurs aspirations personnelles, qu'elles soient envisagées en tant qu'art du mouvement, technique de combat, ou comme voie spirituelle.