Vidéo en anglais de l’Interview Patrick Kelly – août 2020

Réponse sur le Taiji d’après l’interview de Patrick Kelly donnée par Mia Park

Taichi Taiji AssoDao

Introduction
Mia Park présente son professeur de Taiji et enseignant spirituel, Patrick Kelly.
Né et élevé en Nouvelle-Zélande, Patrick Kelly a appris et enseigne dans le monde entier. Ses écoles et ses étudiants sont internationaux. Mia Park enseigne le Taiji à Chicago sous la guidance des élèves de Patrick Kelly, tandis que celui-ci voyage régulièrement pour enseigner dans ses écoles en Asie et en Europe. Elle recommande notamment ses livres, en particulier Tao Infini, pour celles et ceux qui souhaitent en savoir plus sur son parcours personnel, sa recherche d’enseignants authentiques et d’enseignements solides à travers le monde.

Partie 1

Q : Qu’est-ce que le monde extérieur pour vous ?

PK : Le monde extérieur ? Je considère la Terre entière comme une seule entité, et j’essaie de m’y déplacer librement. C’est pour cette raison que j’ai des étudiants partout dans le monde. Je voyage autant que possible et je considère la Terre comme un seul lieu, en essayant de ne pas être arrêté par les frontières, les pays ou les gouvernements.
Je ne crois pas particulièrement au nationalisme. Plutôt que d’être fier d’un seul pays, je pense qu’il serait plus juste d’être fier de la Terre entière. Il me semble naturel que les êtres humains puissent se déplacer librement à travers le monde. La Terre est un seul et même lieu.

Q : Considérez-vous la Terre comme un organisme vivant ?

PK : Dans un certain sens, oui. Je pense qu’il existe un être intelligent qui dirige la Terre. Cependant, appeler la Terre — le sol tel que nous le voyons — un être intelligent serait comme appeler votre doigt un être intelligent.
La Terre telle que nous la percevons fait partie du corps d’un être intelligent bien plus vaste.

Q : Comment interagissez-vous intérieurement avec le monde extérieur ?

PK : Je pense que le monde extérieur et le monde intérieur existent simultanément, partout.
Lorsque j’essaie de me déplacer librement dans le monde, je prête attention à ce qu’exige ma responsabilité intérieure à l’endroit précis où je me trouve. Cela détermine également mes déplacements.

Prenons des exemples simples, comme la famille. J’ai quatre enfants, et il est parfois nécessaire qu’ils soient à certains endroits. Mes parents sont aujourd’hui décédés, mais il fut un temps où je devais m’occuper d’eux.
Il y a aussi mes étudiants. Partout où ils se rassemblent, je ressens la responsabilité de m’y rendre pendant un certain temps et de faire ce que je peux.

Depuis une vingtaine d’années, pourrait-on dire, je me déplace dans le monde extérieur en réponse au monde intérieur.
Je ne me déplace pas seulement à cause des exigences du monde extérieur, mais pour prendre soin de ce qui est nécessaire intérieurement. C’est pourquoi je n’aime pas les restrictions imposées par le monde extérieur : elles empêchent de faire ce qui est requis à l’intérieur.

Q : Nous sommes en août 2020. Quelle est votre réponse intérieure aux événements mondiaux majeurs, tels que la pandémie et les tensions raciales ?

PK : Personnellement, je pense que l’événement actuel le plus significatif n’est qu’un exemple supplémentaire du déséquilibre du monde extérieur. Je le considère comme quelque chose de temporaire, et pas particulièrement fondamental. Je n’y réagis donc pas de manière excessive.
J’essaie de continuer à me déplacer librement dans le monde extérieur afin de prendre soin de ce qui est nécessaire dans le monde intérieur. Autant que possible, j’ignore les réactions excessives de personnes sous-développées face à des difficultés perçues principalement de l’extérieur.

Q : De telles déclarations peuvent susciter de fortes émotions, des jugements et des réactions négatives chez des personnes animées par la peur. Avez-vous une réponse pour ceux qui vous jugent de cette manière ?

PK : Je n’ai pas peur. Lorsque vous vivez comme moi, vous vous attendez à être jugé par ceux qui vivent différemment.
Les personnes qui vivent en réaction constante au monde extérieur ne peuvent pas toujours comprendre quelqu’un qui suit une autre voie. Elles peuvent alors l’attaquer ou le juger. Cela fait simplement partie de l’expérience humaine.

Vous pouvez tenter de structurer vos lignes directrices et vos responsabilités à partir de votre monde intérieur. Il faut alors s’attendre à ce que les personnes coincées dans le monde extérieur se mettent en colère et essaient de vous imposer leur manière de penser. J’essaie simplement de les dépasser avec le plus de douceur possible.

Q : C’est très encourageant à entendre. Réagir ainsi semble être le fruit d’une longue pratique. Beaucoup aimeraient pouvoir échapper avec douceur à la pression. Comment peut-on développer cette force intérieure ?

PK : Le Taiji est l’un de nos exercices internes fondamentaux. L’une de ses caractéristiques essentielles est de céder et de neutraliser, plutôt que de s’opposer ou de riposter.

Il s’agit d’accepter une certaine pression, de l’éviter légèrement, de la neutraliser, puis de continuer son chemin. Si vous vous y opposez frontalement, vous restez prisonnier de la réaction et impliqué dans le conflit. C’est la perspective du Taiji.

Concrètement, cela nécessite une force profonde à l’intérieur de vous-même. Lorsque cette force intérieure est présente, le moi extérieur n’a pas besoin d’être rigide ou dur. Je peux céder extérieurement tout en restant intérieurement fort et élastique. Il n’y a alors aucune menace.

Ainsi, lorsque je cède un peu face à la pression extérieure, je ne ressens aucune menace intérieure.
Sans cette force intérieure, on résiste, on se crispe, on cherche à défendre sa position. La faiblesse intérieure fait alors ressentir l’extérieur comme écrasant.
La vie extérieure peut vous écraser si vous n’avez rien à l’intérieur qui ne puisse l’être. Mais si l’intérieur est élastiquement fort, tout rebondit : il n’y a aucune menace ressentie.

Partie 2

Q : Pour les personnes qui ne connaissent pas le Taiji, commençons par les bases. Qu’est-ce que le Taiji pour vous ?

PK : Le Taiji est un concept extrêmement vaste. Il trouve son origine dans la philosophie chinoise. À l’époque de la dernière grande vague des enseignements intérieurs de l’Empereur Jaune — il y a environ sept à huit mille ans — le Taiji représentait le concept le plus élevé qui existait. Le mot Dao n’était pas encore utilisé à cette époque. Taiji signifiait littéralement ce qu’il y avait de plus élevé que l’on puisse concevoir.

C’est la base de tout. Le diagramme du Taiji Tu, également connu sous le nom de diagramme Yin-Yang, remonte-lui aussi à cette période. On peut dire que le Taiji est une description de l’univers tout entier ; c’est donc un concept fondamental.

Par la suite, certains arts ont reçu ce nom : l’art du Taiji. Nous ne savons pas exactement depuis quand — peut-être depuis 150 à 750 ans. Personne ne peut l’affirmer avec certitude. Il existe cependant des archives indiquant que le nom Taiji a été attribué à l’art de Yang Luchan au palais impérial il y a environ 130 à 150 ans. Voilà, en résumé, l’arrière-plan historique.

Si nous l’envisageons sous un autre angle, le Taiji tel que les gens le connaissent aujourd’hui fait en réalité partie d’un système de développement intérieur, tout comme le yoga. C’est pour cette raison qu’il a été créé.

Il provient des temples taoïstes et n’a pas été développé à l’origine comme un art martial. De la même manière, le yoga n’est pas apparu comme un système de santé ou de bien-être auquel on aurait ensuite ajouté une dimension spirituelle.

Il ne fait aucun doute que le yoga est issu d’un niveau très élevé et qu’il était destiné dès le départ au développement intérieur. Il commence par le yoga du corps, puis celui de l’énergie, ensuite celui des émotions profondes, du mental profond, et au-delà encore. C’est la voie claire et traditionnelle du yoga. Personne ne prétend sérieusement que le yoga a débuté comme une pratique de santé ou d’esthétique avant de devenir spirituel.

Il en va de même pour le Taiji. Il est né, tout comme le yoga, comme une voie de développement intérieur au sein du taoïsme.

Aujourd’hui, comme pour le yoga, beaucoup de personnes considèrent le Taiji essentiellement comme une pratique corporelle, éventuellement mentale. Il a perdu sa connexion originelle. Nombreux sont ceux qui l’utilisent pour la santé ou l’autodéfense, mais ce n’était ni son but ni son intention initiale.

Q : Qu’est-ce qui différencie le système que vous enseignez des autres formes de Taiji qui, comme vous venez de l’expliquer, ont perdu leur sens originel ?

PK : La différence essentielle réside dans la raison pour laquelle nous pratiquons.

J’ai commencé le Taiji parce que je cherchais une voie de développement intérieur. C’est ainsi que j’ai rencontré des enseignants pour qui cette dimension était centrale et authentique.

Si vous abordez le Taiji comme un art martial, vous rencontrerez des professeurs d’arts martiaux qui n’en transmettent qu’un fragment. Si vous le pratiquez pour la santé, vous trouverez des enseignants qui l’abordent sous cet angle, de la même manière que pour le yoga.

De mon côté, j’ai recherché des professeurs possédant une véritable connaissance de la formation intérieure. Des personnes qui avaient étudié pendant de nombreuses années auprès de leurs propres maîtres, au sein de lignées de transmission solides et élevées. Je ne cherchais pas le cours de yoga moyen le plus proche, ni un cours de Taiji superficiel qui ne m’intéressait pas du tout.

Je cherchais des personnes profondément engagées depuis longtemps, guidées par des enseignants de haut niveau. L’un des premiers professeurs que j’ai rencontrés utilisait le Taiji comme point d’entrée de la voie, au niveau physique.

Q : Existe-t-il une raison plus profonde pour laquelle chaque personne veut — ou devrait — développer son moi intérieur ? Ou s’agit-il simplement de se sentir bien et d’être « heureux » ?

PK : Il ne fait aucun doute, à mes yeux, que les êtres humains viennent sur Terre pour une seule raison : leur développement spirituel, leur croissance intérieure.

C’est la raison fondamentale de leur présence ici.

Cependant, ils l’oublient très rapidement. Le corps et la conscience du cerveau sont si puissants que les individus se perdent très tôt dans le monde extérieur.

Une grande partie du problème vient du fait que toutes les impressions qu’ils reçoivent — de leurs parents, de l’école, de la télévision, des informations, de tout ce qu’ils voient — se situent à un niveau très bas, orienté vers le physique. Ils reçoivent très peu d’impressions élevées.

Pourtant, chaque personne arrive avec une connaissance intérieure de la raison de sa venue sur Terre. Mais cette connaissance est rapidement ensevelie sous les impressions grossières de la vie ordinaire.

Ce que l’on appelle communément une culture sophistiquée n’est, d’un point de vue spirituel, qu’un ensemble d’impressions très rudimentaires. Cela enfouit très tôt la connaissance intérieure des individus. Ils se perdent dans la vie et oublient pourquoi ils sont ici.

Mais il n’y a aucun doute : la raison pour laquelle chacun vient sur Terre est son développement intérieur.

Q : Pourquoi tant de personnes ne choisissent elles pas cette voie, et pourquoi est-il si difficile de l’emprunter ?

PK : Pourquoi les gens ne la choisissent ils pas ? C’est une question très complexe, car les situations de vie sont extrêmement variées.

Je crois qu’un individu ne peut pas complètement échapper aux conditions créées par l’humanité dans son ensemble. Nous ne sommes jamais totalement libérés des influences collectives.

Lorsque la majorité des gens est fortement centrée sur le corps, le physique et le cerveau — qui fait lui-même partie du corps — l’individu est rapidement englouti par des milliards de personnes orientées de cette manière. On pourrait dire qu’il est difficile d’échapper au karma de groupe de l’humanité dans son ensemble.

Ainsi, même si l’humanité évolue lentement — et c’est un processus extrêmement lent — il est très difficile pour un individu d’accélérer consciemment son développement intérieur au cours d’une seule vie. Il doit faire face à la masse de personnes sous-développées, qui n’entreprennent pas ce travail et évoluent uniquement de manière lente et inconsciente.

D’une certaine façon, si vous souhaitez réellement évoluer, vous devez vous libérer des conditions énergétiques du groupe — ou du karma collectif, si vous préférez ce terme.

Partie 3

Q : Il existe des mots très populaires comme foi, amour ou guérison. On les entend souvent dans le contexte du développement personnel. Pourquoi ces termes ne sont-ils pas utilisés dans notre système de Taiji ?

PK : Il existe des mondes intérieurs qui coexistent simultanément avec les mondes extérieurs. Lorsque la conscience cérébrale tente d’attribuer des mots, des idées ou des états à ces mondes intérieurs, elle ne décrit pas exactement la vérité. Ces mots ne correspondent pas précisément à ce qui est réellement vécu à ces niveaux.
Il s’agit en fait de la conscience cérébrale qui essaie de décrire l’intériorité depuis un point de vue extérieur.

Prenons l’exemple de la foi. La foi implique que vous — votre conscience cérébrale — devez croire en quelque chose qui se trouve au-delà de vous et qui pourrait vous aider. C’est une perspective extérieure, qui fait partie du développement inconscient de l’humanité.
Dans un développement conscient, au contraire, il s’agit de pénétrer les royaumes intérieurs avec l’esprit. À ce stade, vous ne croyez plus en quelque chose : vous savez ce qui est là.

La foi est donc une croyance venant de l’extérieur à propos de l’intérieur. Elle peut aider certaines personnes, mais elle appartient à une évolution inconsciente. Elle ne fait pas partie de l’évolution consciente directe nécessaire à un développement intérieur rapide.

Il en va de même pour l’amour. C’est une tentative de définir, avec l’esprit extérieur, un état qui existe en réalité à un niveau intérieur.
Si l’on atteignait un certain niveau intérieur, l’interdépendance entre les personnes — ou entre certains groupes — deviendrait évidente. C’est comparable à l’amour instinctif qu’une mère éprouve pour ses enfants. Si vous ressentiez cette connexion à ce niveau, elle serait naturelle, immédiate et évidente.

Il ne s’agirait donc pas de penser l’amour de l’extérieur, ni de tenter de le créer mentalement ou de l’imaginer. À ce niveau-là, l’amour serait viscéral, ressenti et indiscutable.

J’essaie simplement d’expliquer la différence entre attribuer des qualités depuis l’extérieur — comme l’amour ou la guérison — et essayer de les imiter, et le fait d’amener réellement l’esprit à ces niveaux intérieurs.
Lorsque l’esprit atteint ces niveaux, on pourrait dire que la guérison se produit naturellement, que l’amour apparaît spontanément. Et il ne s’agit plus vraiment de foi, car vous êtes pleinement conscient de l’existence de ces réalités.

Q : Pour prendre un peu de recul : pourquoi les êtres humains naissent-ils pour travailler à leur développement spirituel ? Et de quoi s’agit-il réellement ?

PK : Lorsqu’une réalité devient trop vaste, elle dépasse la capacité de compréhension de l’esprit humain. Nous devons donc en créer une image que l’esprit puisse saisir lorsque nous sommes dans un corps.

Nous ne connaissons pas la cause ultime de la vie. Même les enseignants que j’ai connus — certains ayant vécu plus de cent ans — ne la connaissaient pas entièrement. Ils savaient des choses bien au-delà de ce que je sais moi-même. J’en ai connu certains pendant trente ou quarante ans, et après tout ce temps, ils en savaient encore davantage que lorsque je les ai rencontrés.
Mais malgré cela, nous ne pouvons pas être certains de la raison ultime de la vie.

Tout ce que nous pouvons affirmer, c’est que des êtres viennent sur Terre, que ce sont les conditions qui leur sont données, et qu’ils les acceptent.
Comme l’a dit l’un de mes professeurs : lorsque nous venons sur Terre, un voile est tiré devant nos yeux. C’est la condition même de l’existence ici. En acceptant ces conditions, nous oublions nos vies passées et nous oublions la vérité des plans intérieurs.

Cela nous conduit, selon moi, à une immense lutte intérieure contre les forces de la vie extérieure : le corps, la conscience cérébrale — que beaucoup de gens croient être tout, alors qu’elle n’est presque rien — et toutes les forces extérieures.
Ces forces sont puissantes : les gouvernements, les systèmes juridiques, médicaux, financiers… toutes ces structures qui exercent une pression constante sur les individus.

Pour se développer, une lutte intense se crée entre cette petite chose réelle à l’intérieur de nous et cette grande chose, en réalité moins réelle, qui nous entoure.
Cette lutte — et l’intensité de cette lutte — produit un développement accéléré.

Lorsque nous quittons le corps, les voiles sont partiellement levés. L’intensité de la lutte diminue alors fortement, et la croissance qui en résulte devient très lente et limitée.
La Terre est donc un lieu de croissance accélérée. C’est précisément pour cela que ces conditions difficiles existent : c’est un lieu de confrontation, un lieu de lutte destiné à l’évolution. Plus la lutte est intense, plus la croissance est grande.

Tout le monde le comprend intuitivement. Lorsqu’un enfant grandit dans des conditions faciles — sans efforts, sans responsabilités — on observe souvent les difficultés qui apparaissent à l’adolescence ou à l’âge adulte.
À l’inverse, un enfant qui grandit dans des conditions difficiles, avec peu d’argent, de longs trajets pour aller à l’école, et la nécessité de fournir de réels efforts pour accomplir quelque chose, se développe d’une manière totalement différente.

Partie 4

Q : Pensez-vous qu’il y a du bien et du mal, ou du meilleur et du pire ?
PK : Oui, à cent pour cent.

Q : Qu’est-ce qui est mauvais, ou ce que l’on appelle le mal ?
PK :
Il existe une idée fausse selon laquelle, lorsque l’on évolue intérieurement, on atteindrait une sorte de sérénité où tout se vaudrait, où tout serait égal. C’est absolument faux. C’est une projection extérieure de la conscience cérébrale, une idée imaginée depuis l’extérieur. En réalité, c’est presque l’inverse.

Alors, qu’est-ce qui ne va pas ? C’est en fait assez simple. En nous, il existe une part très élevée — on peut l’appeler l’Esprit, le Moi supérieur ou le Vrai Moi. Tous ces termes sont possibles. Cette part n’a qu’une connexion très subtile en nous et exerce une influence relativement faible, mais tout le monde y a accès, au moins dans une certaine mesure. Elle ne peut pas façonner toute votre vie, car les forces extérieures sont généralement trop puissantes.

Tout ce qui est en harmonie avec cette part délicate et élevée en vous, tout ce qui l’aide à s’établir et à grandir, est bon. Et tout ce qui n’est pas en harmonie avec elle, tout ce qui bloque ou entrave sa croissance, est mauvais.

Q : Un individu peut-il être mauvais, ou est-ce ce qui le bloque qui est mauvais ?

PK : À ma connaissance, chaque personne possède en elle cette part très pure. Si l’on considère cela, alors aucune personne n’est fondamentalement mauvaise. En revanche, chacun possède des couches successives, et certaines de ces couches peuvent bloquer cette part intérieure ou aller à son encontre. Les couches intermédiaires — le corps et le cerveau étant les plus externes — peuvent parfois agir exactement à l’opposé de ce dont cette part intérieure a besoin.

Lorsque ce déséquilibre devient extrême — meurtre, viol, ou d’autres actes de ce type — cela devient évident. On peut alors appeler cela le mal.

Q : Je pense qu’en fin de compte, les gens recherchent l’harmonie et la paix. Pourtant, individuellement et collectivement, ils prennent souvent des décisions allant dans la direction opposée. Nous avons mis en place des systèmes de punition pour sanctionner les comportements jugés mauvais et tenter de réintégrer les personnes, mais j’ai l’impression que ces systèmes superficiels ne fonctionnent pas vraiment.
PK :
Il n’existe pas de punition au niveau intérieur. La punition est une construction extérieure, mise en place par les systèmes humains, notamment le système juridique.

Lorsque vous allez à l’encontre de votre propre intérieur, il n’y a pas réellement de punition ; il y a simplement une conséquence. Un résultat auquel vous devez faire face.

Q : La société impose une morale et des valeurs qu’un groupe ou un individu peut ne pas être capable d’accepter.
PK :
C’est de la moralité externe. D’un point de vue intérieur, cela n’a aucun sens.

Q : Patrick, avez-vous aujourd’hui la même intention dans votre enseignement qu’à vos débuts ?

PK : Oui, bien sûr, même si elle s’est affinée. Ma compréhension de ce que je fais est devenue plus précise, mais l’intention et la base sont restées les mêmes.

Je n’ai pas commencé à enseigner parce que je voulais être enseignant. Je voulais simplement apprendre. Mais je me suis retrouvé dans une situation où les gens voulaient que j’enseigne, parce que j’avais appris quelque chose. Au début, j’ai même essayé d’éviter cela.

Comme j’avais appris le Taiji auprès d’un très bon professeur, les gens me demandaient d’enseigner. De mon côté, je voulais simplement continuer à apprendre. C’est ainsi que je suis entré dans l’enseignement. Je n’ai jamais enseigné pour gagner ma vie, j’ai toujours refusé cela, et je n’ai jamais enseigné à plein temps. Il y a eu des périodes où j’enseignais un cours par jour, mais jamais cinq cours dans la même journée.

Durant la plus grande partie de ma vie — les vingt, vingt-cinq, voire trente dernières années — je n’enseigne que sous forme de séminaires, espacés de plusieurs mois, et je n’enseigne généralement pas entre ces périodes. La plupart du temps, je ne suis donc pas un enseignant, mais un apprenant. Et je pense que c’est ainsi que les choses devraient être.

Votre apprentissage, votre propre processus de développement, doit être la base de votre enseignement. Vous devez consacrer plus de temps et d’énergie à apprendre qu’à enseigner, sinon un déséquilibre s’installe.

Au départ, les gens me demandaient d’enseigner. Plus tard, ce sont mes professeurs — et quelque chose de plus profond à l’intérieur — qui m’ont demandé de le faire. C’est ainsi que le développement s’est produit. Je n’ai jamais voulu devenir enseignant.

Mia : C’est un excellent conseil : apprendre plutôt qu’enseigner.

Q : Comment saurez-vous que vous avez été un bon enseignant lorsque viendra le moment d’arrêter ?

PK : Je peux déjà le voir en partie. Mon objectif, mon idéal, a toujours été de former cent personnes compétentes. Si chacune de ces personnes formait ensuite cent autres personnes compétentes, cela ferait dix mille. Puis, sur trois générations, cela ferait un million de personnes compétentes (rires). Cela aurait un impact immense sur le monde.

C’est évidemment un peu irréaliste, mais c’est ainsi que je pense. Il n’est pas exagéré d’espérer former cent personnes compétentes au cours d’une vie. Je n’essaie pas d’enseigner à des dizaines de milliers de personnes, comme certains le font. Je limite volontairement mon groupe central à environ cent personnes. Par exemple, ici au séminaire du Bodensee en 2020, il y en avait cent, et je maintiens généralement ce nombre.

Ces cent personnes proviennent toutefois d’un groupe plus large de plusieurs centaines, car il y a toujours des allers-retours, des hauts et des bas. J’ai donc besoin d’un groupe plus vaste en arrière-plan pour en faire émerger cent réellement engagées.

Je saurai que cela a été un succès lorsque ces cent personnes transmettront à leur tour quelque chose de réel, dans un monde où tant de pratiques spirituelles proviennent uniquement de l’intellect, de cerveaux brillants, mais pas réellement de niveaux plus profonds.

Q : Avez-vous des regrets en tant qu’enseignant ?

PK : Non, je n’ai pas de regrets majeurs. J’y réfléchis, et je ne vois rien de particulier. À chaque étape, je regarde ce que je fais et j’ai souvent l’impression que ce n’est pas aussi bien que je l’aurais souhaité : pas assez d’énergie, pas aussi proche de l’idéal que je ressens intérieurement.

Je vois donc, à chaque pas, que ce n’est pas parfait. Mais ce n’est pas un regret. Je l’accepte, car nous ne pouvons pas avancer uniquement par des pas parfaits.

Partie 5 –

Q : Quel est votre souhait le plus important pour vos étudiants ?

PK : On pourrait dire que mon souhait le plus important pour mes étudiants est, bien sûr, qu’ils grandissent intérieurement.

Je crois que chaque personne qui vient sur Terre, peu importe son point de départ ou le niveau auquel elle commence, peut se développer jusqu’à un stade où elle est capable de poursuivre son développement sans avoir besoin de revenir sur Terre dans un corps physique.

Certains appellent cela une étape d’illumination. Beaucoup considèrent l’illumination comme une finalité absolue, alors qu’en réalité, il s’agit simplement d’un seuil à partir duquel la croissance peut se poursuivre sans réincarnation.

Si l’être intérieur est suffisamment fort à un niveau légèrement supérieur — comme un petit enfant qui a atteint une certaine maturité — il peut continuer à grandir dans les mondes intérieurs sans avoir besoin d’un corps. S’il est encore trop « petit », il devra réintégrer un corps.

Mon objectif clair est donc d’amener le plus grand nombre possible d’étudiants à ce niveau.

Q : Cent personnes compétentes ?
PK : Exactement.

Q : Comment voyez-vous votre avenir dans l’enseignement ?
PK :
Au cours de mes quarante-cinq années d’enseignement, mon propre niveau de développement a progressivement augmenté, ce qui m’a permis de mettre de plus en plus l’accent sur les aspects intérieurs de la transmission. On ne peut enseigner qu’au niveau où l’on se trouve soi-même.

Il y a quarante-sept ans — en réalité, quarante-neuf ans — j’ai commencé par les aspects intérieurs, mais on peut connaître des concepts qui appartiennent à des niveaux où l’on n’est pas encore pleinement établi. On peut les comprendre intellectuellement, mais pas encore les exprimer véritablement.

À mesure que mon propre niveau s’est élevé, j’ai pu approfondir l’orientation de la formation dans le système, afin qu’elle reflète plus fidèlement ma compréhension réelle.

J’espère que les étudiants qui étudient avec moi depuis trente ou trente-cinq ans pourront enrichir leur pratique en conséquence. Quant aux nouvelles personnes qui arrivent, elles s’adaptent naturellement. À mesure que l’enseignement devenait plus intérieur, il attirait spontanément des personnes plus en résonance avec ce niveau, alors qu’au début, il attirait davantage des personnes correspondant au niveau auquel j’enseignais à cette époque. Ce processus se fait naturellement.

Q : Une forme de sélection naturelle ?
PK :
Oui. Comme je ne fais pas vraiment de publicité pour attirer des étudiants, je m’appuie sur le fait que les gens découvrent ce que j’enseigne, ressentent une affinité ou un lien avec cela, et viennent pour cette raison.

De cette manière, vous attirez des étudiants réellement aptes à la formation. Lorsque vous faites beaucoup de publicité ou que vous faites des promesses exagérées ou trompeuses, beaucoup de personnes abandonnent après un certain temps.

La guidance intérieure d’une personne sait ce qui est disponible et la conduira vers ce dont elle a réellement besoin. Je préfère donc accueillir un plus petit nombre de personnes réellement prêtes, plutôt qu’un grand nombre attiré par des idées, des images ou par l’illusion d’un pouvoir à acquérir.

Q : Vous parlez souvent du fait que chaque individu possède un guide, un enseignant intérieur. Pouvez-vous en dire plus pour les personnes qui ne connaissent pas ce concept ?

PK : Bien sûr. C’est le système dans lequel nous sommes entrés. Chaque individu qui entre dans un corps est accompagné d’un être qui s’est déjà développé à un niveau où il n’a plus besoin de se réincarner. Sans cette présence, une personne pourrait être complètement submergée, voire détruite, par la dureté des forces extérieures du monde.

Cet être accompagne l’individu, et nous l’appelons le « guide intérieur ». Cela n’a rien à voir avec les guides chamaniques, les animaux totems ou ce genre de choses. C’est plus proche de ce que l’on appelle un ange gardien — mais ce n’est pas l’ange au sens religieux classique.

Il s’agit d’un être qui a atteint le troisième stade de développement, centré dans le Mental profond, le royaume « céleste ». Il n’a plus besoin de réintégrer un corps, même s’il n’a pas terminé son propre développement. Il accompagne une personne, établit une connexion, et sert à la fois de guide et de protection.

Sans cette présence, une personne risquerait de se perdre dans les niveaux inférieurs et complexes du monde. Le guide maintient le lien entre la partie la plus subtile et la plus élevée de l’être — ce que nous avons appelé le Vrai Moi — et le moi extérieur qui s’exprime dans le monde. Sans ce lien, la connexion serait trop fragile et pourrait être brisée par la dureté du monde extérieur, ce qui pourrait conduire à une véritable perte intérieure. Le guide protège donc la personne des forces, à chaque niveau, qui ne contribuent pas directement à son développement.

Q : Lorsque des personnes prennent des décisions qui causent beaucoup de tort à autrui ou commettent des actes très graves, le guide est-il toujours présent ? Essaie-t-il encore de les protéger ?
PK : Le guide est toujours présent. Chaque fois que vous choisissez d’agir, de faire un effort, le guide peut orienter cet effort, mais il ne peut pas agir à votre place. Vous devez vous engager activement. Si vous décidez d’aller quelque part, le guide peut vous aider à trouver une option légèrement meilleure, mais il ne vous forcera jamais à changer de direction. Cela irait à l’encontre du libre arbitre. Son influence est donc douce. Il guide subtilement les personnes vers ce qui peut les aider à renforcer leur être le plus profond.

Mia  : Je trouve que ce système est très bien conçu. Chacun bénéficie d’un immense soutien. J’espère que les gens pourront se reconnecter à eux-mêmes et à leur guide, car les opportunités de développement intérieur sont partout autour de nous, et nous sommes profondément soutenus. Vous avez mis en place plusieurs sites web riches en informations, nous avons ces séminaires, ainsi que de nombreux enseignants. Merci d’avoir créé et rendu accessible un tel système, et de transmettre des connaissances aussi vastes et profondes d’une manière que nous puissions aussi revoir en vidéo. Merci.

Partie 6

Q : Que recommanderiez-vous aux personnes qui souhaitent se lancer dans une pratique spirituelle ?

PK : Je recommande avant tout de faire des recherches, et de ne pas se lancer aveuglément à la première occasion, auprès de personnes qui prétendent être des enseignants.

Lorsque j’ai commencé, Internet n’existait pas, mais il y avait les bibliothèques. J’y suis allé et j’ai cherché de bons livres sur ces sujets. J’ai lu tout ce que je pouvais et cela m’a permis d’acquérir une base de compréhension.

Puis j’ai réalisé qu’il me fallait trouver un enseignant qui sache réellement quelque chose — pas quelqu’un qui prétend savoir, ni quelqu’un qui en sait un peu, mais une personne ayant une véritable connaissance du système intérieur.

Peu m’importait qu’il soit bouddhiste zen, soufi, taoïste, religieux ou non. Cela ne m’intéressait pas. Ce que je cherchais, c’était quelqu’un qui possédait une connaissance intérieure réelle, et non ce type de savoir extérieur que l’on rencontre si souvent.

La majorité des livres disponibles sont écrits par des personnes qui ne possèdent que ce savoir extérieur. Ils manquent de la profondeur qui résulte d’une longue formation auprès de bons professeurs, eux-mêmes issus de traditions solides. Il faut donc parcourir une grande quantité de livres pour en trouver quelques-uns qui ont réellement quelque chose à transmettre.

Et ensuite, il faut chercher un professeur. Je recommande de commencer par étudier le sujet, puis, lorsque vous trouvez un enseignant, d’étudier également l’enseignant. Ne vous contentez pas de croire ce qu’il dit : regardez son parcours de vie.

J’ai eu trois professeurs principaux. Chacun d’eux avait étudié toute sa vie auprès d’autres bons professeurs, et chacun était soutenu dans son enseignement par cette lignée. Si vous trouvez quelqu’un qui s’est séparé de son professeur, qui a été rejeté par lui, ou qui rejette lui-même son propre enseignant, alors la tradition est brisée, et vous devez être très prudent.

Quelqu’un qui n’a jamais vraiment eu de professeur, qui a simplement lu beaucoup de livres, construit un système, apposé son nom dessus et demandé beaucoup d’argent pour cela, vous pouvez l’oublier.

Il faut donc examiner attentivement l’histoire d’un enseignant et voir s’il enseigne librement et honnêtement. Assurez-vous qu’il possède une longue histoire d’apprentissage auprès de bons enseignants, eux-mêmes formés par d’autres enseignants de qualité.

Ce qui est vraiment essentiel dans un véritable enseignement, c’est qu’une force intérieure circule à travers cette chaîne de transmission. Si un enseignant ne reçoit pas cette force, alors ce qu’il transmet ne sera qu’un enseignement externe, issu de ce « grand cerveau de singe » que possèdent les êtres humains. Nous avons environ trois fois plus de cellules cérébrales que les chimpanzés, ce qui nous permet d’être très intelligents sur le plan intellectuel, mais cela ne fonctionne pas pour le monde intérieur.

Faites donc vos recherches, et lorsque vous cherchez un enseignant, examinez ses antécédents. Si un professeur prétend être un sauveur, le plus grand du monde, ou affirme que si vous venez à lui il vous sauvera ; s’il porte des vêtements spéciaux, de grands chapeaux, s’assoit en hauteur et exige qu’on l’appelle par des titres pompeux, alors vous devriez réfléchir à deux fois.

Les meilleurs professeurs que j’ai rencontrés étaient des personnes très humbles et très normales. À l’intérieur, ils étaient à un niveau très élevé, mais à l’extérieur, cela ne se voyait pas. À l’inverse, les enseignants qui semblaient très impressionnants extérieurement étaient souvent très limités intérieurement.

Q : C’est aussi quelque chose que j’apprécie dans ce système : vous avez l’air normal, et les personnes qui y participent ne sont ni étranges ni déséquilibrées. Ce sont des gens gentils, simples, une véritable communauté. Je pense que c’est aussi un signe d’un excellent système. Un bon professeur peut être reconnu à travers ses élèves, et vous avez des élèves depuis des décennies.

PK : Vous avez tout à fait raison, j’aurais dû le mentionner. Regardez les étudiants. Regardez les personnes qui sont restées sur le long terme.

Q : Êtes-vous satisfait, ou cette notion de norme et d’équilibre est-elle importante pour vous ?

PK : Lorsque votre part intérieure devient plus forte — et c’est ce qui se produit si vous pratiquez correctement pendant longtemps — le développement intérieur s’installe. En suivant cette part intérieure, un certain contentement, une paix, une certitude apparaissent.

Si, au contraire, vous ne la suivez pas, une légère insatisfaction, une agitation surgissent. Vous ne vous sentez pas à l’aise intérieurement, il y a une forme de tension.

Ainsi, lorsque je suis cette part intérieure, je peux dire que je me sens en paix. Si je m’égare, si je fais des erreurs, si je ne maintiens pas tout aussi bien que je le pourrais, ce n’est pas tant un jugement contre moi-même, mais plutôt le fait que cette paix intérieure profonde s’atténue. Alors je réalise que je dois réajuster mon chemin et me reconnecter à quelque chose de plus profond.

Q : Ces moments deviennent-ils plus rares avec le temps ?

PK : Oui, on s’écarte de moins en moins du chemin. Quand on est plus jeune, on fait parfois des choses qui ne sont pas vraiment justes à cet égard. Aujourd’hui, il s’agit plutôt de petits écarts que de véritables déraillements.

Quelque chose aurait pu être fait un peu mieux, voilà tout. Ce sont désormais de légers ajustements plutôt que des ruptures complètes. Plus on se rapproche du cœur du chemin, plus on devient sensible aux écarts — et plus ils sont petits.