Huang Xingxian – Maître taoïste

P.Kelly fut son élève de 1977 à 1992

« C’est avec de grands espoirs que, par une chaleur de 30 degrés, j’abordai Xingxian au cimetière de Kuala Lumpur. À la consternation d’un bon nombre de ses élèves, c’est à cet endroit et au-dessus d’un café sino-malais typique qu’il avait choisi d’établir un grand espace d’entraînement. Il était de taille moyenne pour un asiatique, avec environ 67 ans, un torse puissant et il un regard perçant inexpressif. L’apparition inattendue d’un occidental à sa porte le surprit très vraisemblablement, mais il n’en montra rien. S’il était resté impassible, cela aurait peut-être été de meilleur augure, mais le fait que l’expérience qu’il avait eu des occidentaux avant moi se limitait à quelques voyageurs de passage ayant fortuitement traversé ses cours n’a pas permis qu’il en soit ainsi. Toujours poli avec un invité, il me fit entrer et me demanda ce que j’attendais de lui. La première indication sur ses sentiments réels n’apparut que lorsqu’il eut compris que je souhaitais devenir son élève. Le traducteur intimidé se débattit avec la réponse de Maître Huang : « Je n’aime pas votre apparence. Je n’ai pas l’intention de vous enseigner ».

Et là, lors de cette première rencontre, debout devant lui, sa réputation bien présente à l’esprit, je ne pensais pas à plaider pour mon apparence alors que je me débattais face à son refus inattendu. Des années plus tard, j’ai compris que ce premier refus est un test traditionnel pour évaluer l’élève dans sa détermination à apprendre. Il permet à l’enseignant de ne pas gaspiller de temps et d’énergie avec ceux qui ne sont pas prêts à faire l’effort considérable nécessaire pour assurer la réussite de la formation. Peut-être mon regard fixe et sans expression ainsi que mon mutisme total et persistant alors qu’il attendait ma réponse l’ont-ils convaincu que ce ne serait pas si facile de me renvoyer, ou bien a-t-il eu une quelconque intuition qui l’a convaincu de me donner une seconde chance ? Quoi qu’il en soit, après un certain temps il reprit la parole : « Assistez aux classes tous les soirs pendant une semaine. Regardez la pratique de 17h30 à 21h00 ».

 En attendant, me dit-il, ma demande pour être enseigné serait étudiée. C’est avec soulagement que j’exprimai ma reconnaissance pour la chance qu’il me donnait et, satisfait de cette première étape, je pris congé. Ce fut le début inattendu d’une relation étroite et intense qui dura jusqu’à la mort de Xingxian à Fu Zhou, en Chine, en décembre 1992. »  Tao infini p 14

Huang Xingxian (Huang Sheng-Shyan) est né dans la province du Fujian, en Chine, en 1910.
Formé dès l’âge de 14 ans à la grue blanche du Fujian (Baihequan), à la boxe de Bouddha Luohanquan) et au Neigong (alchimie interne taoïste), avec le vieux maître Pan YuBa et plus tard avec son disciple le plus célèbre, Maître Xie Zhongxian 1852-1930)
Plus tard, il s’est également formé auprès de Maître Pan Zhuangnian, qui a éduqué Huang en médecine chinoise et en classiques littéraires.Par la suite, Huang a ouvert une école à Shanghai où il s’est entraîné avec ses amis Chung Yu-Jen (Taiji), Chiang Hai-Ching (Xingyi) et Yang Chih-Ching (Bagua). Il a également étudié le Taiji avec Wan Laisheng, un champion chinois d’arts martiaux en 1938 célèbre pour sa boxe naturelle (Ziranmen).

En 1947, après avoir déménagé à Taïwan, il a commencé le Taiji avec Zheng Manqing – un disciple direct de Yang Cheng-Fu. Rapidement, Huang entra dans l’école intérieure et, plus tard, il devint considéré comme le disciple le plus accompli de Zheng.

À partir de 1958, Huang a vécu et enseigné à Singapour et en Malaisie où il a créé 40 écoles et enseigné à 10 000 personnes. Il a obtenu sa résidence permanente en Nouvelle-Zélande peu de temps avant sa mort à Fouzhou, en Chine, en décembre 1992.
Au cours des 5 dernières années de sa vie, il rassembla autour de lui 40 membres initiés actifs de son école intérieure et tenta de transmettre ses derniers enseignements. En choisissant ces personnes, a-t-il dit, il était surtout préoccupé par la sincérité de leurs motivations intérieures.
Il a expliqué qu’il ne souhaitait à personne de revendiquer être son successeur, mais qu’il espérait que la connaissance combinée de ces 40 élèves (dont seuls quelques-uns continuent d’enseigner aujourd’hui) contiendrait l’essence de ses méthodes et que ces personnes représenteraient son enseignement pour l’avenir.

 Abdullah Dougan – Maître Soufi

P.Kelly fut son élève de 1974 à 1985

« Pendant les vacances de 1974, ma dernière année à l’Université, je fis les 500 kms de Wellington à Auckland au nord pour lui rendre visite.

Abdullah Dougan était assis dans sa petite salle d’étude et, les yeux dans les yeux, nous nous regardâmes tranquillement. Il parla le premier : « Etes-vous venu pour me juger ? ». Je répondis simplement et avec honnêteté « Oui ». Après un autre moment de silence, il commença à me parler sans détours de sa vie. Il avait 56 ans et avait commencé dans un groupe Zen Bouddhiste quelques décennies plus tôt. Ensuite, il avait changé pour apprendre d’un enseignant relié à la tradition de Gurdjieff. Il avait voyagé en Europe pour rencontrer les élèves de M. Gurdjieff et avait continué sa formation sous la responsabilité de l’une de ces personnes. Il avait également rencontré et reçu l’aide de Paul Brunton, peut-être le plus équilibré des élèves de Ramana Maharshi (1879–1950), un grand Sage Hindou. Sept ans avant notre première rencontre, suivant le conseil de son guide intérieur, Abdullah était allé en Afghanistan, où il avait rencontré les Soufis Naqshbandi auprès desquels il avait été initié par le principal enseignant de sa vie, Cheikh Abdul Al Khyum de Kandahar. »

Abdullah Isa Neil Dougan, né en Nouvelle-Zélande en 1918. Très jeune il réalisa l’urgence de trouver une méthode le développement intérieur. Cela l’a conduit d’abord vers les enseignements de Gurdjieff, puis vers le soufisme. Il a été initié en tant que soufi Naqshbandi en Afghanistan puis jusqu’à sa mort en 1987, il a continué d’élargir son enseignement, en intégrant ses propres connaissances intérieures et en soulignant la base gnostique de tous les vrais enseignements spirituels. Tao infini p 19

Abdullah a écrit plusieurs livres, Son œuvre principale est « The Quest », ses autres livres sont « Probings », « Mirrors », « Who is the Potter » et « The Niche for Lights » (Commentaires sur l’œuvre d’Al Gazhali).


Mouni MaharajMaître Yogi

P.Kelly fut son élève de 1979 à 2007

« Merta, où j’allais bientôt arriver, était une ville de 20 000 habitants. Abdullah m’avait informé que, installé discrètement là où la ville se confondait avec le désert du Rajasthan, se trouvait l’Ashram de Mouni Maharaj, un mystérieux yogi…

Au Rajasthan, le mois d’avril est chaud : 30 à 45 degrés Celsius. Mouni Maharaj était assis à l’intérieur, à l’extrémité de la cour, face à la porte. Sans rien dire, il nous fit signe de nous asseoir en face de lui. Mouni signifie « celui qui ne parle pas ». Dans l’histoire que l’on connaît de lui et qui remonte à 1935, on ne l’a jamais entendu parler. Il nous questionna avec des mouvements de la main et avec l’aide d’un assistant swami qui parlait un anglais de base et comprenait ses gestes. C’est grâce à cet assistant que par la suite nous découvrîmes que Mouni Maharaj avait la capacité d’entendre clairement nos pensées. Mouni Maharaj nous proposa de rester à l’Ashram aussi longtemps que nous le désirions. »

Mouni Maharaj est descendu de l’Himalaya en 1935. En tant que pratiquant déjà accompli de Raja Yoga, il a enseigné pendant 20 ans dans un petit village du Pendjab. Il connaissait beaucoup de grands sages de l’Inde, y compris Ramana Maharshi.

Vers 1955, il quitte brusquement le village du Pendjab et établit un nouvel ashram dans le désert du Rajasthan près de la ville de Merta. Il y est resté et a enseigné pendant 40 ans.

Puis à partir de 1995 il a établi un ashram près du mont Abu. A plus de 100 ans, il se déplaçait continuellement en Inde. Mouni Maharaj est décédé le 31 octobre 2007.