1er Témoignages sur la Méditation :

 « La vie dans la vie » – Lizelle Reymond 

“Sensations. Toutes les expériences spirituelles correspondent à des sensations dans le corps. Elles ne sont qu’une gradation minutieuse de diverses sensations, à commencer par celle de se sentir lourd comme une motte de terre, pour passer très graduellement, en pleine conscience, à celle de liquéfaction, puis à celle d’émaner de la chaleur. La dernière sensation est celle d’une vibration globale avant d’atteindre le Vide. Le chemin à parcourir est certes très long.

Chaque fois qu’un pas est franchi dans l’échelle montante, il se produit une sensation d’expansion dans l’espace, et de complète détente. Cette sensation permet de pressentir ce que pourrait être l’expérience de l’Esprit pur (chit) transcendant toute chose. Mais comme on en est loin ! Pourtant à ce moment déjà, esprit et matière apparaissent n’être qu’une seule chose. Cette conception vient d’une très ancienne théorie de la purification des éléments laquelle dans les Tantras est appelée bhutta-shuddhi.

Puisse votre discipline actuelle devenir pour vous, dans la gradation très fine des sensations, un moyen d’expansion et par la suite d’infiltration dans tout ce qui vous entoure, êtres et choses. Ayez la sensation très forte de passer d’un élément dans l’autre. Il n’y a pas d’autre moyen. Utilisez à cet effet la solitude qui permet d’intérioriser beaucoup de forces. Toute contraction produit de la chaleur et c’est cette chaleur qui se répandra. La véritable discipline personnelle (tapasya) n’est rien d’autre qu’une expansion de soi irradiant la chaleur produite par la concentration intérieure.

Souvenez-vous toujours que la sensation d’expansion que vous pouvez éprouver est une irradiation. Restez calme et irradiez cette chaleur. Ne posez pas de question. Ne demandez rien d’autre. Vivez ces instants pleinement. Cette irradiation est en soi Shakti, un instant de conscience vivante, c’est-à-dire une expérience directe qui s’installe en vous. Votre sensation est la preuve, une certitude que vous ne pouvez plus effacer de votre mémoire.

Dans la méditation, le corps tout entier est utilisé pour découvrir une sensation d’expansion qui, pendant une longue période, est l’ultime but. Le travail sur le corps est délicat et se fait selon des données très précises car chaque mouvement, volontaire ou involontaire, cherche le calme, c’est-à-dire une sensation de conscience physique.

Le motif du premier stade à atteindre est la solidité parfaite du corps immobile. Pour y parvenir, toutes les pensées sont ramenées l’une après l’autre au corps, à sa forme, son poids, son équilibre. Il n’y a plus d’autre pensée. Cet état est symbolisé par la matière ” terre”, au cÅ“ur de laquelle dans sa lourdeur et son opacité, existe déjà pourtant une vibration.

L’attention dirigée se fixera graduellement sur l’image d’une coupe. Le corps deviendra cette coupe faite d’une matière lourde, et qui contient un vin bouillonnant. Très centrée sur elle-même, l’attention pénétrera dans le corps, descendra très bas le long de la colonne vertébrale jusqu’à établir dans le centre de gravité une impression de grande lourdeur. Le corps entier est devenu dur comme une statue très pure de formes.

A ce moment–là, on découvre que tous les mouvements internes dans la coupe : bouillonnement, agitation, idées, images, sont produits par le corps. La stabilité du corps est un état en soi. C’est à cause de cela que, pour l’atteindre plus facilement, tant d’importance a été donnée à la nourriture et à l’hygiène du corps.

Le deuxième stade débute lorsque le corps dans sa solidité bien établie peut devenir la matrice de l’énergie en mouvement. Dur extérieurement, le corps devient intérieurement la pulsation même de la vie qui le remplit. Une intense vibration d’énergie palpite en lui. Cet état est symbolisé par la purification de l’élément eau, c’est-à-dire par le passage d’une densité plus lourde à une densité plus légère.

C’est alors la découverte que le corps des sensations nerveuses irradiantes et extrêmement fines est à l’intérieur du corps de chair. Ce n’est qu’en créant la forme solide de ce dernier que les canaux nerveux (nadis) peuvent se révéler avec toutes les sensations des courants de vie qui le traversent. Les Védas en donnent l’image suivante : « â€¦les flots d’un cours d’eau traversent un rocher. Â»

Le troisième stade marque le moment où tous les courants d’énergie nerveuse qui traversent le corps intérieur deviennent des courants de lumière, desquels émane peu à peu une sensation de feu. Cet état est symbolisé par la purification de l’élément feu, à tel point que la température du corps monte comme dans un accès de fièvre.

Ces trois stades : état de solidité du corps, état de la sensation des courants nerveux, état de la sensation des courants de lumière, sont la caractéristique de la méditation en profondeur. Jusqu’ici l’individualité est entièrement conservée, décrite en ces termes : « un parmi les autres Â».

Le quatrième stade est celui ou l’individualité se perd. Cet état de sensation du feu qui consume le corps est un nouveau passage d’une densité plus lourde à une densité plus subtile. Le feu qui consume le corps intérieur consume en même temps tout sens de forme, à tel point que la sensation de non-forme devient irradiante. Cet état est symbolisé par la purification de l’élément air. L’habituelle impulsion de recourir à des formes disparaît. Il n’existe plus qu’un état de Vide qui est à la fois la sensation précise et globale du multiforme. Tout est clarté et calme.

La méditation est en fait un travail de laboratoire et une attaque dirigée contre la prakriti pour sortir de son esclavage.

Et concernant les groupes et étudiants : “nous vivons et sommes nourris par les visions de ‘ceux qui voient‘. Or il y aura toujours de nouveaux rishis et de nouveaux disciples. Dans l’immédiat, la vision rishis ne sert qu’à créer des disciples …. Ces derniers sont nécessaires pour que l’apport fasse son chemin, mais ils seront d’autant plus médiocres qu’ils se seront attachés, entre eux, à défendre leurs droits d’aînesse, leur ashram, leur confrérie, la pensée de leur maître, sans être eux-mêmes dans le processus de création.

« La Réalité d’Etre » – Jeanne de Salzmann

Je peux avoir une sensation de mon corps, mais je ne ressens pas le mouvement de l’énergie qui est contenu dans celui-ci. Pour ressentir ce mouvement, l’état du corps doit changer. Et l’état de la pensée et du sentiment doit aussi changer. Le corps doit acquérir une grande sensibilité et un pouvoir d’action totalement inconnu de lui. Il doit reconnaître qu’il est là pour servir, qu’il est la matière, l’instrument par lequel les forces agissent. Le corps doit voir qu’il a besoin d’obéir, et qu’une entente entre lui et la pensée est absolument nécessaire. Puis un nouveau type de mouvement peut apparaître – un mouvement libre. Cela n’aura pas lieu sans moi, sans mon attention. Et plus mon attention est totale, plus le mouvement sera libre.

Afin d’avoir une relation entre des mondes de matérialité plus fine et plus grossière, il doit y avoir un courant d’intensité intermédiaire – un courant émotionnel de sentiment plus pur. La purification du sentiment, la création en soi de « l’être divin », vient par la vigilance. Il ne peut y avoir de pureté sans vigilance, une extraordinaire vigilance là où il n’y a plus ni haut ni bas, ni lutte ni peur. Il n’y a que conscience, joie. Pour ça, en toutes circonstances je dois être le témoin de moi-même, me retirer du fonctionnement mental qui donne naissance aux réactions et de calmer toute ambition, toute avidité. Alors je peux me voir répondre à la vie pendant que quelque chose en moi, quelque chose d’immobile, ne répond pas. Avec cette vigilance vient une nouvelle valorisation. Je suis touchée par un désir, une volonté, c’est-à-dire l’essence même du sentiment du « Moi » dans toute sa pureté. C’est une volonté d’être ce que je suis, m’éveillant à ma vraie nature. Avec cette conscience il y a de l’amour. Mais cet amour est impersonnel, comme le soleil rayonnant d’énergie. Il illumine, il crée, il aime. Il est attaché à rien et pourtant attire tout.

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